Crépuscule

Capucine Michelet, le 31/03/13

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Michael Cunningham, Crépuscule.

Connu pour le succès de The Hours remportant le Prix Pulitzer en 1998, c’est un drame
moderne que dépeind Cunningham dans son roman Crépuscule.
Peter et Rebecca sont le couple new-yorkais modèle : lui est marchand d’art, elle, éditrice.
Ils sont enviables en tout point avec toutes les raisons, semble-t-il, d’être heureux. Mais
l’irruption de Mizzie, le frère de Rebecca, va faire basculer leur équilibre. Torturé par une
addiction à la drogue, il se cherche et en sa présence, Peter remet en cause toute sa vie : son travail, ses relations, sa carrière. La totalité d’une existence qu’il a pourtant si méticuleusement construite.

Symbole quasi-freudien du sacrifice et du désastre chez Tolstoï, le roman s’ouvre sur la mort symbolique d’un cheval percuté par une calèche. Au cœur des embouteillages newyorkais, entre mythe et urbanisme, Cunningham démarre sa narration par un choc. Au sens propre et figuré, c’est bien ce qu’attend le personnage de Peter : quelque qui pourra bousculer sa vie. Ethan (surnommé Mizzie) est l’erreur, l’enfant non voulu d’une famille qui n’a eu de cesse de le rabaisser. Enfant très prometteur, c’est la drogue qui va pourtant servir d’outil à son auto-destruction. Pour Peter, il sera à la fois l’incarnation de sa femme et la réincarnation de son frère décédé. Père d’une fille qu’il n’a jamais comprise, Ethan sera aussi un enfant qu’il pourra aimer. Plus que de savoir ce que Peter pense, l’auteur nous donne presque le pouvoir d’être lui-même. Nous savons qu’elle sera l’issue mais sommes aussi impuissant que lui. Il est allé dans une direction et ne peut plus revenir en arrière. Beauté, mort et sexualité se mêlent et s’entremêlent au long d’une histoire qui ne se dirige pas vers un dénouement, bien au contraire. Cunningham nous offre des personnages aussi humains que nous. Tout comme les Dublinnois de James Joyce, le livre se construit en une mosaïque où se rencontrent des personnages profondément singuliers et d’autres, qui semblent juger qui vaut ou ne vaut pas cette description. L’auteur expose toutes les douloureuses vanités qu’eux (et nous) préfèront souvent couvrir. « Nous ne nous soucions pas d’Emma Bovary, d’Anna Karenine ou de Raskolnikov parce qu’ils sont bons. Nous nous soucions d’eux car ils forcent l’admiration, parce qu’ils sont nous et que les grands auteurs les ont pardonnés pour cela ».

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