Le concert commenté, leçon de musique classique

Deux dates de concert, deux sensibilités, deux partages d’une découverte de la musique classique :  retour d’expérience par Adrien Chupin.

Adrien Chupin – concert du vendredi 1er février| L’orchestre symphonique Les Clés d’Euphonia affiche clairement ses ambitions : participer à la démocratisation de la musique classique, se rapprocher du public et rendre accessible à tous le répertoire symphonique. Pour leur première représentation de l’année, ils interprétaient en l’auditorium de Vincennes un concert commenté qui fait leur spécificité. Nous nous y sommes glissés, avec les oreilles de celui qui découvre.

© Les Clés d'Euphonia

De part et d’autre de la scène, une colonne de fourmis transportant cuivres et cordes pénètre l’auditorium, puis d’un seul homme s’assoit. Le LA du hautbois s’élève, bientôt imité par tous, tant pour accorder l’ensemble que pour plonger la salle dans une atmosphère singulière. Puis déboule Johannes Le Pennec, baguette à la main, et c’est là qu’intervient la différence avec tout autre concert classique.

Le chef d’orchestre, invité pour l’occasion à la place de l’habituelle Laëtitia Trouvé, est aussi maître de conférence : il ne livre pas une simple introduction mais une leçon bien fournie, donnant aux spectateurs de précieuses clés (d’où le nom de l’orchestre) d’écoute, parsemées d’humour. On découvre les secrets de l’écriture fuguée qui permet le dialogue entre violons. La décomposition illustrée par les musiciens rend la démonstration parfaitement claire, simplifiée sans être vulgarisée. L’accent est mis sur la franc-maçonnerie et les clins d’œil laissés par Mozart dans la construction de son opéra sont dévoilés.

Puis place à la musique. Si l’oreille habituée saisit tout de suite les premières mesures de La Flûte enchantée, l’auditeur non initié se laisse bercer par une mélodie nouvelle. Sans attente, sans appréhension. C’est une posture à adopter. Capturé par la musique, on saisit l’ampleur du spectacle. Alors que quelques minutes plus tôt on hésitait à fermer les yeux pour se laisser pénétrer, on comprend que l’ouverture maximale des paupières démultiplie l’émotion. On essaie de raccorder un son à une provenance en mettant au défi une oreille faillible car inexpérimentée. On ne sait plus où regarder, les détails sont magnifiques, la musique sort de partout et nulle part à la fois. La concentration se lit sur les visages, mais en elle la passion, le plaisir profond. La musique crée le temps d’un instant une grandeur inégalable.

Au tour de Tchaïkovski et une nouvelle fois Johannes Le Pennec prend la parole. Il plonge l’auditoire dans une toute autre ambiance, celle de la dernière symphonie du compositeur russe ayant valeur de testament musical. L’intimité et la froideur se déploient dans la salle avant même les premières notes. Mouvement par mouvement, les éléments de complexité sont expliqués, pour à l’écoute apprécier le chef d’œuvre à la manière d’un musicien.

Les violons, si légers chez Mozart, se montrent autrement violents lorsqu’appuyés de contrebasses brutales, de cuivres virulents et de vives percussions, ils interprètent les thèmes ténébreux de Tchaïkovski. L’ensemble est puissant. Grandiose, à en être presque effrayant. Les quelques secondes de silence qui concluent sont saisissantes. Revient à l’esprit le thème initialement annoncé : la fin de vie. Elle est bien là, magistralement suggérée.

La promesse est tenue : l’orchestre et son chef descendent de leur piédestal, ils se mettent à la hauteur du public. On ne fait ni semblant de connaître ni semblant d’apprécier, les applaudissements paraissent sincères. Pas de distance, pas de consentement tacite, pas de silence hautain ou d’approbation formelle. La sobriété est de mise, la neutralité et la pureté placent la musique au cœur de chaque être en tant que seul objet d’attention. La lumière est stable et neutre, le mouvement se fait rare, aucune exubérance. Seuls les archers se déplacent en une synchronisation stupéfiante. Parfois des joues se gonflent. Puis une baguette parcourt l’air en tous sens. Au hasard croirait-on, et pourtant non. Amusons-nous à fixer cette baguette, concentrons-nous sur ses déplacements. Alors se déploie en soi le sentiment symphonique, l’organisation parfaite, la coordination absolue.

Découvrez l’avis de Delia sur le concert du samedi 2 février !

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