Rencontre internationale de jeunes à l’occasion de la commémoration des victimes de la Seconde Guerre Mondiale (jour 3 : mercredi 30 janvier 2019)

Reportage réalisé par Sarah Bronsard (4ème partie)

Crédits photos : Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Notre troisième journée s’annonce particulièrement intéressante, dans la mesure où elle sera caractérisée par les témoignages et un exemple de résistance française.

Nous arrivons au Parlement à 9h30. Divisés en deux groupes, les uns assistent au témoignage de Birgit Hofmann et Gert Rosenthal, enfants du survivant de l’Holocauste Hans Rosenthal, qui était   également un animateur TV très célèbre en Allemagne.

Un témoignage bouleversant

Je me dirige avec mon groupe vers une autre salle, où nous attend Hélène Waysbord, survivante de la Shoah et présidente d’honneur de la maison d’Izieu, lieu de commémoration sur lequel nous reviendrons cet après-midi. Nous sommes impressionnés : la salle est équipée d’une cabine d’interprétation, de micros numériques de conférence et de casques récepteurs, permettant d’assurer la traduction simultanée pour les nombreux jeunes non-francophones. Une fois que tous se sont bien installés, Madame Waysbord nous raconte son histoire. Un peu scolaire au début, elle replace son passé dans le contexte de l’époque, rappelle des faits historiques comme la division en zone occupée et en zone libre et explique surtout le rôle de la France dans la déportation des Juifs. Ayant choisi la voie de l’enseignement au début de sa carrière, avant de devenir conseillère auprès de l’ancien Président de la république française François Mitterrand, Hélène Waysbord sait comment s’adresser à son public, sait captiver notre attention. Nous l’écoutons comme si nous écoutions le discours d’un professeur d’histoire. Mais tout d’un coup son ton, son assurance basculent. Elle en vient à son propre destin qui est, elle le répète souvent, un exemple tragique parmi bien d’autres. Elle passe ses premières années près de Paris, à Argenteuil, puis fuit avec ses parents en Mayenne, à Evron, lorsque les rafles se multiplient.

Témoignage de Hélène Waysbord
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

C’est un matin d’octobre en 1942 que sa vie prend un tournant tragique. La séparation de ses parents. Elle n’a que six ans, elle attend en vain à la sortie de l’école maternelle. Personne ne vient la chercher. Submergée par ce souvenir accablant, elle a les larmes aux yeux. Il lui a fallu des décennies avant de pouvoir affronter son passé, notamment à travers son livre Un amour sans visage, qui mêle récit autobiographique et roman. Néanmoins, ce n’est pas une femme brisée que nous avons en face de nous, mais une femme forte, qui dégage une énergie positive. L’amour que ses parents lui ont transmis était assez puissant pour lui donner le courage d’avancer et de faire une carrière brillante par la suite.


Témoignage de Hélène Waysbord
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Place maintenant à quelques questions…

Nous nous retrouvons dans la foulée en petits groupes pour partager nos impressions sur la discussion avec Madame Waysbord. Je me charge de la présentation de sa biographie au groupe ayant assisté au témoignage des enfants Rosenthal et insiste particulièrement sur un aspect : en s’engageant pour l’enseignement de la Shoah en classe de CM2 auprès du Ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Hélène Waysbord a trouvé une manière de dépasser ce vécu tout en s’engageant dans la lutte contre l’oubli du passé et la transmission de cette mémoire auprès des générations futures.

Visite de l’exposition: « Some were neighbors : collaboration et complicité pendant l’Holocauste »

Après une courte pause déjeuner, nous enchaînons avec la visite de l’exposition « Some were Neighbors: collaboration et complicité pendant l’Holocauste ». Honorés d’être les premiers en Allemagne à voir cette exposition réalisée par le musée du mémorial de l’Holocauste des États-Unis, nous avons ensuite la possibilité de discuter avec sa présidente et sa délégation, venus à cet effet. Parmi les principaux aspects évoqués, une citation particulière a retenu mon attention, affirmant que les personnes avaient le choix d’aider ou de ne pas aider. Bien sûr, le choix de cacher des personnes de confession juives ou de les soutenir d’une manière ou d’une autre était influencé par la situation dans laquelle se trouvait le pays.

La Maison d’Izieu: un exemple français de lieu de mémoire des enfants cachés

Présentation de la maison d’Izieu, où tous les groupes de travail étaient présent
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Le programme dense se poursuit, la pause est annulée, nous regagnons la salle de ce matin. Le thème de l’après-midi: la mémoire des enfants cachés en France à travers l’exemple de la maison d’Izieu. Hélène Waysbord et Thierry Philip, le Président, se chargent de la présentation générale du lieu. Situé en Auvergne-Rhône-Alpes, ce mémorial des enfants juifs exterminés cumule trois fonctions. C’est tout d’abord un lieu de refuge. Au total, plus de 100 enfants juifs s’y sont réfugiés, à l’initiative de Sabine Zlatin. C’est aussi un lieu de vie. Souriants, plein d’énergie, les enfants passent des moments agréables ensemble, leurs journées sont rythmées par les repas, l’arrivée du facteur…

Enfin, la maison d’Izieu est un lieu d’horreur et de crime. En mai 1943, l’invasion allemande est totale et la zone passe sous le commandement de Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon. Surnommé le « boucher de Lyon », il donne l’ordre d’arrêter et de déporter les 44 enfants ainsi que 7 adultes alors présents à Izieu. Déportés dans le camp de rassemblement de Drancy, ils sont ensuite exécutés à Auschwitz-Birkenau. C’est seulement en 1987 que le procès de Barbie a lieu en France.

Il faut attendre jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Jacques Chirac pour que l’État français reconnaisse sa responsabilité dans la déportation. La reconnaissance de cette mémoire difficile a permis de transformer ce lieu en mémorial. La maison d’Yzieu est aujourd’hui un lieu d’Histoire, de mémoire vivante mais également un symbole de la réconciliation franco-allemande, ayant par exemple accueilli des personnalités comme Martin Schulz, ancien Président allemand du Parlement européen ou encore Simone Veil. Le Mémorial a également lancé de nombreux partenariats avec des MJC (Maisons de la jeunesse et de la culture) ainsi qu’avec des quartiers difficiles, pour transmettre cette mémoire auprès des jeunes de notre société.

Dernière ligne droite avant le grand jour

Après une nouvelle session de questions-réponses, nous dînons, puis nous retrouvons à nouveau en salle de réunion. La journée semble interminable. Submergés par la multitude de nouvelles impressions que nous devons encore assimiler, nous commençons à être à bout de forces. Mais une tâche importante nous attend encore : la préparation de la cérémonie commémorative en salle plénière et du débat public avec le Président du Parlement et l’invité d’honneur, que vous découvrirez la prochaine fois…  

 

 

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