Commémoration des victimes de la Seconde Guerre Mondiale (31.01.2019)

Reportage réalisé par Sarah Bronsard (dernière partie)

Crédits photos : Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Nous y voilà enfin. C’est avec impatience que nous attendions tous ce jour, cette « grande finale » de notre rencontre, la cérémonie commémorative en salle plénière. Il est 6 h, certains d’entre nous sont encore mal réveillés en descendant prendre le petit déjeuner à l’hôtel. Mais rapidement, les conversations s’animent, nous sommes tous excités à l’idée de ce qui nous attend.

Nous nous dirigeons ensuite vers l’entrée ouest du Parlement, où nous attendent de nouveau les importantes mesures de sécurité. Au bout de quelques jours, nous commençons à nous orienter dans ce bâtiment gigantesque, malgré l’immensité et la multitude de couloirs similaires. Avec le badge autour du cou, nous avons presque l’impression d’être intégré au personnel permanent…

La cérémonie commémorative en salle plénière : discours, émotions et message au monde entier

La veille, nous avons tous préparé des questions que nous voulons poser au Président du Parlement et à l’invité d’honneur, Saul Friedländer, avec lesquels nous aurons la possibilité de débattre à la suite de la cérémonie. Dernière occasion de se préparer. Nous recevons des informations organisationnelles et vers 8h30, il est temps de se diriger vers le bâtiment du Reichstag, dans la salle plénière sous la grande coupole. Nous croisons des hordes de journalistes, principalement des deux premières chaînes de télévision allemandes (ARD et ZDF). Devant nous, le ministre des Affaires étrangères donne une interview.

La salle plénière est impressionnante. Nous prenons place dans les deux dernières rangées, normalement réservées aux députés. Quel honneur ! Alors que les journalistes et autres invités sont assis dans les rangs au-dessus de nous, nous sommes au beau milieu des hommes politiques allemands, pour lesquels une nouvelle journée de travail commence. A ma gauche, Alice Weidel, l’ancienne présidente de l’AfD, le parti populiste allemand, discute avec son collègue. Certains députés nous posent quelques questions, puis la cérémonie débute. La Chancelière, le Président fédéral, le Président du Parlement et l’invité d’honneur, Monsieur Saul Friedländer entrent. Nous nous levons.                                                                                                

Cette année, le Parlement a choisi d’inviter Saul Friedländer pour la commémoration annuelle des victimes de la Seconde Guerre Mondiale. Historien israélien de renommée, il est surtout spécialiste du nazisme et de la Shoah. Alors que ses parents se font déporter à Auschwitz, Saul, alors nommé Pavel, réussit à survivre dans un internat en France. Il change plusieurs fois de pays et de nom et effectue une partie de sa scolarité en France, avant de quitter le pays pour l’Israël, en 1948. Il est notamment l’auteur du livre Les années de persécution, l’Allemagne nazie et les Juifs (1933-1939) très apprécié pour sa qualité documentaire.

Saul Friedländer, invité d’honneur
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

 

Tout est calculé à la minute près. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’une cérémonie très importante, car elle reflète la volonté de l’État allemand de prendre ses responsabilités vis-à-vis des crimes commis par les nazis, tout en montrant que la mémoire est toujours présente. La présence de médias internationaux, de la délégation du musée du Mémorial de l’Holocauste des États-Unis et d’un invité d’honneur cumulant les nationalités (américaine, israélienne et française), attestent de la volonté de s’adresser au monde entier. Pour cela, tout doit être parfait, chaque parole mesurée, chaque mouvement contrôlé. Le discours du Président du Parlement, M. Wolfgang Schäuble, ancien ministre des Finances, ouvre la cérémonie, avant de laisser la parole à Saul Friedländer. Deux morceaux pour quatuors à cordes (Alla Tango milonga et quatuor à cordes Nr 3 opus 46) accompagnent leurs prises de parole. Les musiciens tchèques interprètent la musique de Erwin Schulhoff et de Viktor Ullmann, deux compositeurs d’origine juive déportés dans les camps par les nazis.


Discours de Wolfgang Schäuble, Président du Parlement allemand
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Le discours de M. Friedländer est très personnel et émouvant. C’est avec sincérité et franchise qu’il nous raconte sa survie en France. Au loin, j’aperçois une députée qui pleure. Le message véhiculé est d’autant plus important. Dans une Europe faisant face à la montée des populismes, il convient d’être vigilant et de ne pas oublier le passé. La montée croissante des nationalismes et de l’antisémitisme est inquiétante ; c’est pourquoi il est primordial de défendre les valeurs qui caractérisent nos démocraties. La tolérance, l’humanité, la liberté, en bref, lutter pour la vraie démocratie. Il clôt son discours en citant un homme ayant travaillé au ministère de la Justice du Reich, pour lequel la « résistance était l’action inéluctable d’un honnête homme ».  

Tous se lèvent simultanément et applaudissent pendant de longues minutes, avant de se diriger vers le hall principal où l’exposition, que nous avons déjà visitée mercredi (voir article précédent – ndlr), est sur le point d’être inaugurée. Pendant ce temps, j’accorde une interview à une journaliste de la ARD pour les informations du soir ; la présence et l’avis de la jeunesse lui semblent particulièrement importants. Des caméras nous suivent à travers l’exposition, nous commençons à nous habituer à leur présence.

Le débat public : place maintenant à nos questions !

Le second point culminant de la journée approche. Nous entrons dans la salle de conférence dédiée au débat public avec les deux personnes ayant tenu les discours précédents. La salle, équipée de cabines d’interprétation et d’une large table ronde, ressemble un peu aux salles de conférence où se tiennent les réunions des Nations Unies. Impressionnés et légèrement intimidés par le décor et les nombreuses caméras des journalistes venus couvrir l’événement, nous attendons l’arrivée des deux principaux acteurs. Puis, le débat public commence.

Vue panoramique de la salle de débats
Photo – Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

 

L’organisateur de la rencontre a pris soin de structurer nos questions formulées la veille par thématiques afin que le débat, qu’il anime lui-même, se déroule de manière fluide et organisée. Dès qu’une thématique est lancée (telle la question de la difficulté du cumul d’identité dû aux nombreux changements de nom de Saul Friedländer), la personne ayant préparé une question à ce sujet est invitée à prendre la parole. Ensuite, tous peuvent intervenir et poser des questions de manière plus spontanée pour rendre le débat plus vivant. Le Président du Parlement et l’invité d’honneur interviennent à tour de rôle pour répondre à nos questions. Que ce soit des interrogations sur la biographie de l’historien, les conséquences de son passé sur son travail actuel ou encore des propositions politiques en vue de l’amélioration de la prévention de l’antisémitisme et de la sensibilisation dès le plus jeune âge ; c’est l’occasion pour nous de nous adresser directement à eux. Ils se montrent très attentifs et ouverts à la discussion et d’ailleurs bien plus directs que l’on aurait pu se l’imaginer. Tous deux déplorent et condamnent la montée des extrémismes et se réjouissent de pouvoir échanger avec un public jeune, désireux d’agir à l’avenir pour un monde plus tolérant.

Bilan et séparations – et à l’avenir ?

 

Le temps passe bien trop vite. 90 minutes ne sont pas assez pour poser toutes nos questions. Néanmoins, la satisfaction d’un débat réussi, fructueux et intéressant l’emporte. Nous nous retrouvons pour la dernière fois en petits groupes pour dresser un bilan de la discussion, mais surtout de la semaine. Quels sont les points positifs ? Que reste-il à améliorer pour les rencontres à venir ? A présent, il nous faut assimiler toutes les informations et impressions des derniers jours…

Vers 14h30, il est temps de se dire au revoir. Un dernier discours des organisateurs, suivis de remerciements et d’applaudissements. Puis la séparation est imminente. C’est avec le cœur serré que nous rendons nos badges et que nous prenons les provisions pour le retour. La rencontre a beau être terminée, le souvenir restera. L’expérience que nous avons vécue ensemble avec l’équipe du Parlement nous accompagnera et surtout, les amitiés que nous avons forgées permettront la poursuite d’un échange interculturel et le maintien de la mémoire du destin tragique des millions de victimes du national-socialisme. C’est ainsi que nous pourrons défendre les valeurs de notre démocratie actuelle.

 

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