Paris : Un urbanisme irresponsable ?

La vie parisienne. Chronique sur la propreté urbaine.

Par Cécile Camart-Ferricelli

Pour son numéro paru au 1er mars 2019, le journal Marianne est intransigeant : « PARIS, VILLE-POUBELLE ». Celui-ci ne dédie pas moins de dix pages consacrées à la crasse et aux travers qui sévissent dans les rues de la capitale réduisant, de façon conséquente et durable, la salubrité des conditions de vie parisienne.

Le manque indéniable d’agents de propreté (7500 agents pour 2,2 millions de Parisiens), la prolifération des rats ou encore, la clandestinité des marchés de la misère* et la structuration des camps de réfugiés, forment un ensemble de problématiques chaotiques à la cohésion d’une propreté urbaine, pérenne et responsable. Jusqu’à être comparée à Calcutta, la ville de Paris est condamnée pour l’inefficacité de ses acteurs quant à la garantie d’un cadre de vie correct pour les habitants de la capitale de l’une des premières puissances du monde.

[*les marchés de la misère sont des marchés clandestins et éphémères, où des hommes et des femmes généralement dans une situation d’une extrême précarité déballent et étendent des objets hétéroclites, parfois volés en vente pour quelques euros. Ces marchés s’étendent souvent en dessous des métros aériens, ou dans des zones de sécurité prioritaires.]

Source photo du marché aux biffins de La Chapelle : Victor Nicolas de ParisMag

Aujourd’hui, la déstabilisation des citoyens est palpable, les habitants de la capitale semblent, depuis un demi-siècle, se résigner à faire avec une journée sans voiture par an et leurs tote bags « La vie en bio ».

Pourtant, les Mairies des arrondissements de Paris et les commerces et même l’État, mettent doucement en place des dispositifs pour mieux vivre ensemble.

La mairesse de la ville, Anne Hidalgo depuis son élection en 2014, a mis en place trois « Plan Propreté » pour renforcer les moyens matériels nécessaires mais aussi pour raviver l’éthique citoyenne. Depuis 2018, la mairie de la capitale développe notamment de nouveaux dispositifs comme les 170 nouvelles laveuses et aspiratrices de trottoir quotidiennement effectives.

source : paris.fr

Aussi, alors que 350 tonnes de mégots continuent d’être ramassés chaque année à Paris par les agents de la Ville, ont été mises en place 30 000 nouvelles corbeilles « Bagatelle » munies d’éteignoirs réparties sur l’ensemble du territoire parisien : « il y a en moyenne une corbeille de rue équipée d’un éteignoir tous les cent mètres. » précise le site Paris infos-pratiques.

De plus, la campagne menée en faveur du « Plan Propreté » soutient qu’il est du devoir de tous les citoyens que de contribuer à l’amélioration de notre cadre de vie. L’application « Dans Ma Rue » (cliquer ici pour accéder au téléchargement de l’application) a été créée afin de permettre aux parisiens de signaler à leur mairie d’arrondissement toute anomalie : encombrant sur la voie publique, graffiti, sac poubelle vagabond etc.

Pourtant, à Paris, nous sommes encore loin d’atteindre un urbanisme responsable. Pour pallier les actes répréhensibles, ceux-là peuvent être lourdement sanctionnés d’une amende. Sans le savoir, sortir ses poubelles hors des jours du ramassage nous fait encourir une amende de 35 euros. Aussi, ne pas ramasser les déjections de son animal, laisser tomber des déchets sur la voie publique ou encore, jeter son mégot au sol, sont des travers qui coûtent aujourd’hui 68 euros (si payés dans les 45 jours ouvrés à compter de la date de l’infraction).  

Bizarrement, l’accroissement de ces travers ne semble pas encore suffisant pour permettre une remise en question urgemment nécessaire. Si les habitants sont inquiets en profondeur, la majorité délègue la responsabilité de ces problématiques au manque de dispositifs de la ville de Paris au sein de laquelle s’étend la paupérisation des quartiers qui exacerbe l’insalubrité de la ville.

Heureusement, en marge de ce ronchonnement généralisé quant à la déploration du niveau de vie parisien, les mairies d’arrondissements ou encore des associations citoyennes œuvrent indépendamment pour l’assainissement des rues et luttent pour refonder un mode de vie urbain écolo, pratique voire, ludique.

En effet, les mairies du 18e et du 12e arrondissements organisent depuis 2015 des journées de nettoyages collectifs sous l’appellation « Paris fais toi belle ! » en partenariat avec les agents de propreté. Ces opérations rencontrent chaque année un grand nombre de participants et d’associations qui se joignent à la tâche afin de s’engager auprès de la vitalité de leur environnement quotidien.

Dans le 18e arrondissement, un frigo solidaire a été mis à disposition par un restaurateur afin de combattre le gâchis alimentaire et la précarité. Plus largement, dans la même objectif, « Too Good To Go » est une application qui rassemble plusieurs magasins de restaurations qui proposent gratuitement des paniers surprises de produits alimentaires invendus et frais (pour télécharger, c’est ici). Ces dispositifs, gratuits et accessibles à tous manquent de visibilité et de considération encore de nos jours.

Quant au tri-sélectif, alors que la législation oeuvre pour la mise en place d’un recyclage facile et accessible à chacun, beaucoup ont encore du mal à consulter les multiples sites explicatifs et continuent à ignorer les sigles des cartons d’emballages alimentaires. Si les sacs plastiques coûtent désormais dix centimes au Franprix ou dans nos commerces de proximité indépendants (tandis que des épiceries continuent d’en fournir gratuitement), beaucoup continuent d’en payer, à la hâte, « parce qu’ils n’ont pas le temps de passer chez eux récupérer leur tote bag ! » explique Anne-Sophie, cliente régulière de Franprix. « C’est comme les bouteilles d’eau en plastique, je sais que je dois prendre ma gourde mais je n’ai jamais le réflexe, je suis souvent pressée. Je me dis que je ne vais pas avoir soif et puis… Je rachète une bouteille chaque jour. »

Aussi, alors que l’information papier tend à disparaître avec la progression du numérique, on voit encore trop de journaux et de prospectus rouler dans les rues et les métros de Paris à cause de passants trop débordés pour attendre la prochaine poubelle.

Même si la mairesse, à l’approche des élections, place le « Plan Propreté » en priorité de sa campagne, il semble que l’effervescence du mode de vie parisien plutôt individualiste, ne joue pas en faveur du respect de son propre environnement.

Finalement, on peut dire que les causes à l’origine de l’insalubrité de la « ville-poubelle » sont multiples. Elles proviennent à la fois des effets de la réalité européenne de l’immigration climatique mais elles découlent aussi de problématiques comme la paupérisation ou le manque d’actions éco-responsables.  

Cette dégradation résulte aussi d’aléas locaux, telle que la prolifération des rats, remontés du sous-sol suite à la crue de la Seine en 2016, sans oublier l’accablante pollution émanant du trafic automobile journalier et du métro.

Mais cela ne signifie pas que nous n’avons, en tant qu’individu, aucun impact. On ne pourrait pas mieux vivre ensemble si l’on ne se souciait de l’environnement dans lequel nous évoluons personnellement et collectivement. Quelque soit la façon dont nous nous comportons, nous influençons non seulement notre milieu mais aussi, l’attitude des personnes autour de nous. Il y a, peut-être, très peu de chance pour que chacune de nos actions individuelles soit parfaitement efficace et reconnue comme telle, mais déjà, lever les yeux et chercher, autour de soi l’emplacement de la prochaine poubelle publique est un pas vers cette efficacité éthique et durable.

 

Sites web utiles pour en savoir plus :

  • Actions indépendantes de la mairie du 18e arrondissement :

https://www.mairie18.paris.fr/

 

Rappel des sites web des applications citées :

 

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