CONFÉRENCE / TABLE RONDE : LES FILMS EN COSTUME : LE RÔLE DU HMC

Loan Peuch | Le 13 mars de 14h à 16h en amphi D03, se tenait un événement regroupant quelques dizaines de personnes et cinq intervenants dont Michel Demonteix, Edwige Morel D’Arleux et Josée de Luca, tous trois professionnels du cinéma. Après une courte présentation du livre de Josée (Souvenirs poudrés, Broché, 2018) la conférence commence, sous forme de questions/réponses, animée par Aure Lebreton et une autre camarade. Quatorze questions seront ainsi posées, menant toutes à des réponses aussi limpides que passionnantes.

Les trois premières, l’organisation du tournage, la recherche de sources historiques et la fidélité face au réalisateur, amèneront à des discussions faisant ressortir deux points essentiels de ce domaine : quand on se lance dans une production, cela nécessite une grande capacité d’adaptation et de savoir-faire. En effet, l’adaptation, face aux aléas du tournage, face aux volontés du metteur en scène, face à la période qu’il faut faire revivre sous ses instruments, est le pilier de tout désir artistique. L’acteur/actrice, le réalisateur/réalisatrice, le producteur/productrice, le maquilleur/maquilleuse, le costumier/costumière, autant de personnes à convaincre, à séduire en mettant en avant ses choix, ses décisions. Après une recherche historique sur la période que les mains reconstruisent, tout est alors mis en commun et le groupe HMC (habillage/maquillage/coiffure) prend un chemin qu’il suivra jusqu’à la fin de la production, une ligne directrice. L’artisanat, lui, intervient quand ce moment fatidique arrive, quand l’actrice se métamorphose, quand l’acteur devient méconnaissable. La notion qui émane de cette partie, car il s’agit bien là d’une notion, d’un apprentissage sur le long terme, d’une fièvre passionnée qui ne vous quitte jamais, la capacité créatrice, la capacité de faire naître une magie, une histoire, une mythologie, passe alors au-dessus de tout problème majeur au sein de la production. La volonté de faire revivre une période donnée anime chaque individu présent sur le plateau, indistinctement. Être malléable mais garder son esprit critique, sa vision propre de son art pour offrir un regard brûlant à une histoire pouvant paraître épuisée.

Les trois questions suivantes concernent le côté professionnel de ce domaine, avec une discussion sur l’approvisionnement des perruques et costumes, réalisé auprès de professionnels, tout comme les broderies et autres accessoires. Le pan économique se joint à la rigueur du métier : tous les détails sont examinés, décortiqués, étudiés, afin de réduire les coûts et de donner vie et crédibilité au décor.

Très rarement appelés pour refaire une scène, les costumiers/ères, maquilleurs/euses et coiffeurs/euses doivent toucher la cible en un seul lancé, toucher juste pour faire du film un archer qui vise notre pomme de cœur avec une précision d’orfèvre. Être crédible, vrai, réel, tel est l’objectif et la volonté première de tout ce groupe. Tel Narcisse se contemplant dans le lit d’une source hyaline, le reflet de ces travaux se devra d’être splendide une fois à l’écran, ou ne sera rien et mourra. Ainsi, les exigences les plus drastiques sont mises en place, la confection des costumes flirte alors avec les portes de la haute couture.

Ensuite, il est question du plan de travail, de l’ordre dans lequel se succèdent ces ouvriers d’une fourmilière artistique, de la relation qu’ils entretiennent avec les comédiens et de l’entretien des perruques. On sent alors qu’un amour extrême du métier est présent dans les cœurs des intervenants, ils en parlent et évoquent des souvenirs, s’envolent dans des récits passionnants tout en conservant une touche de réalisme. Lentement, on ne fait plus la distinction entre la notion de travail et celle de magie. Peut être que la perfection du cinéma réside dans cette brûlante passion qui anime ses acteurs, ses techniciens, ses artistes, ses théoriciens, ses coiffeurs, maquilleurs, costumiers. Admiratifs, tout comme les spectateurs, des mondes fictifs qu’ils créent mais toujours les pieds sur terre.

 

En deux heures de conférence, beaucoup de choses furent donc abordées, toutes ne pouvant pas être mentionnées ici faute de place. Des questions furent posées par le public, notamment sur l’après-tournage et le destin des accessoires mais aussi sur d’éventuels conseils et exigences pouvant être prodiguées aux aspirants.

 

Ensuite, j’ai eu la chance de réaliser un entretien téléphonique avec un des intervenants, Michel Demonteix, chef coiffeur. En huit questions, nous eurent le temps d’aborder son parcours (itinéraire d’un mordu de coiffure venant de province qui réussira à se faire une place), la naissance et le pourquoi de sa passion, son organisation sur un plateau de tournage, son expérience sur le film Jackie, son meilleur souvenir de cinéma.. tout cela se terminant par l’énumération de sages conseils pouvant être données, comme des cartes au trésor, aux jeunes qui voudraient suivre ses traces.  

En quelques lignes, ne pouvant résumer en détails une vie offerte au cinéma, portée par l’amour d’un art universel, j’ai tenté de décrire succinctement ses réponses à mes frêles questions.

 

Coiffeur à Clermont, il devint rapidement assistant puis chef-coiffeur pour la télévision après son arrivée à Paris. Il a alors 24 ans et sa rencontre avec Josée de Luca, déterminante, lui ouvrira les portes du cinéma. Faire des stages, être assistant, énormément connaître son travail, semblent être les clés pour entrer dans un monde qu’on désire. Sa vocation pour la coiffure, elle, vient de l’enfance et de sa cinéphilie. Après une formation « standard »,  il vit alors Casque d’or (Jacques Becker, 1952) qui le fascina. Simone Signoret, dans sa coiffure, portait les germes de son futur métier. Etre coiffeur ne s’apprend pas sur les tournages, une formation au préalable est nécessaire avant de pouvoir plonger ses mains dans d’imposantes perruques de reines.

Totalement dépendant du reste de l’équipe, il forme, avec la maquilleuse, un binôme immuable. Cependant, sur un plateau, tout semble s’articuler et il n’y a plus de hiérarchie, chacun à un poste distinct et ses actes ont des incidences sur les autres. Après que le budget soit fixé, chaque individu gravite autour de tout le monde, dans une même volonté de bien faire. Amoureux du travail en équipe et des films d’époque, la combinaison voyage dans le temps/collaboration est un bijou qu’il faut préserver comme la pierre angulaire de son métier.

Coiffeur sur le film Jackie, il mêla ce souvenir avec d’autres, créant une bulle mémorielle où l’on sentait son cœur se remémorer ses expériences qu’il a vécu comme réellement formatrices. Année 1963 ou période versaillaise, peu importe. La trame du temps, dans son universalité, n’a plus cours quand les émotions courbent ses formes et impriment au fer rouge des sensations uniques. Les yeux pour voir, les mains pour modeler, l’art est alors omniscient.

Ne pouvant envisager d’autres métiers que coiffeur, il aurait pu, dans une autre vie, être directeur de casting. Ses conseils, fruits d’une vie consacrée à son art, découlent alors de ce choix ancré dans la chair. Vous, jeunes passionnés, ayant un formation de coiffure, des bases solides, lancez-vous dans le vide abyssal de la création artistique. Votre ambition, votre culture, vos choix, vos visions, vous poussent à vous dépasser et à créer, toujours plus, rencontrer des professionnels, renforcer votre amour, votre passion, et démarrer chaque nouvelle production comme un bleu. Naître une fois, dans le chemin sinueux de l’ascension, puis renaître de multiples fois lors des tournages. Vivre vite mais prendre son temps. Se forger pour se déconstruire, se sculpter pour se fondre.

 

Nouvelles Vagues remercie toute l’équipe présente à la conférence et également Michel Demonteix de nous avoir accordé leur temps et d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

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