Et si l’humour était d’intérêt public ?

Krollan | Commençons par l’humour vulgaire. Si on demande à notre entourage, la plupart nous répondra sûrement que c’est gras, beauf, inintéressant. Pourtant, les blagues salaces fusent en repas de famille ou dans les cours de lycées. Les sujets triviaux font plus échos que l’on peut l’imaginer. 

Des humoristes choisissent même la grossièreté, non pas par facilité, mais pour faire tomber les tabous et évoquer les sujets auxquels tous pensent mais dont personne n’ose parler ; faisant ainsi écho à Freud. Le psychanalyste expliquait que les pulsions sexuelles refoulées sont transformées par notre cerveau en vannes sexuelles. Par conséquent, le cerveau se libère de cette pulsion et dupe l’inconscient. Ainsi, aller voir un spectacle dit “vulgaire” permettrait d’apaiser ses pulsions sexuelles habituellement réprimées. Il permettrait également de rire de notre trivialité naturelle. Rire de son ridicule pour l’accepter, puisqu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. 

Cette analyse de l’humour vulgaire nous a été présentée par Mell, dans le cadre du Festival de Création Étudiante. Ce Festival a eu lieu à Paris 3 du 18 au 23 février 2019. 

Le jeudi 21, Mell, étudiante en M1 de Recherche Etudes théâtrales a donné une conférence. Elle a présenté un atelier d’analyse de sketchs, alimenté par ses recherches sur l’Humour et celle pour son mémoire sur le sujet : « Second degré et stéréotypes dans le One-man-show. »  L’atelier s’est rapidement transformé en débat entre les différent.e.s étudiant.e.s présent.e.s. Dans cet article, j’essaye de retranscrire un échantillon de cet événement ☺

 Continuons avec l’humour absurde. 

L’humour absurde permet de donner du sens aux incompréhensions de la vie pour se rassurer, pour ne plus en avoir peur. Par ailleurs, dans certains villages frappés par la famine, on rit de celleux* qui ont faim. C’est un mécanisme de dédramatisation de la situation mais aussi de défense, on rit des autres car on a peur que ça nous arrive. Dans la même idée, des civilisations ont pour tradition de rire de la mort. Pourtant, peut-on rire de tout ? 

(A ce moment, l’exposé prend des airs de débat et chacun.e a des idées différentes à expliquer. Ce qui suit n’est donc que ma retranscription des idées développées par l’ensemble des étudiant.e.s présent.e.s ☺ )

Alors, peut-on rire de tout ? Grande question. Par exemple, peut-on rire d’un viol ? 

– Non, car c’est trop grave. C’est totalement irrespectueux et juste pas drôle en fait. 

– Mais, si une victime trouve dans le rire une solution pour surmonter son traumatisme, avons-nous le droit de lui interdire ? 

– Non, pas vraiment. Alors seul.e.s celleux* ayant vécu une agression peuvent ironiser dessus ?

– C’est embêtant car ça oblige sans cesse à se justifier, à s’identifier en tant que « victime ayant le droit d’en rire ». 

– De plus, les spectatrice.eur.s qui en rient, elleux*, ne sont pas nécessairement concerné.e.s. Alors ont-iels* le droit de rire, ou faut-il blaguer uniquement entre agressé.e.s ? Comment être sûr que celleux* qui ne veulent pas rire de sujets qui les blessent n’entendent pas les vannes ? 

Vaste sujet, n’est-ce pas ? 

Selon les époques, des sujets sont, ou non, sensibles. En effet, faire en sorte de ne pas blesser l’autre est essentiel. Cependant, le rire nous fait indéniablement du bien. En témoigne le développement du yoga du rire. Une pratique consistant à rire sans déclencheur comique, rire pour rire. En témoigne également l’envie de partager le plaisir ressenti. En effet, d’après Shakespeare, seul.e celui.celle qui entend une blague prend du plaisir, alors iel* va la répéter pour que d’autres ressentent ce plaisir. 

En parlant de partage, nous avons regardé un sketch de Patrick Timsit, Hommage aux racistes. C’était vraiment bien alors je vous le laisse là. Je n’en parle pas pour ne pas spoiler… si en fait je veux en parler brièvement alors je laisse le lien et je spoil après :  https://www.youtube.com/watch?v=xd7iwJ6sr-M

Alors voilà, je trouve que la fin est pas top. Parce que le simple fait de prononcer le mot « chinois » fait rire la salle ce qui, je crois, témoigne d’un profond racisme ordinaire. Peut être que Patrick Timsit a justement voulu montrer que même les gens tolérants ont des failles ; ou que mêmes les gens unis sont contre quelque chose. Mais nous ne savons pas si le public rit de sa subtilité, ou parce qu’il trouve drôle de se moquer des chinois… cette chute me laisse pensive.

On continue dans le partage (on est comme ça, toujours dans le don ! )

Le 22 Mars, à 19h30 et pendant 1h20, dans le cadre du festival à Contresens, s’est déroulé le seule en scène de Mell, notre conférencière du jour : Soyons Sérieux !. !!!! C’est chouette !

L’année dernière, elle avait gagné le Prix du Public au Festival à Contre sens pour son premier One Woman Show spectacle En Solitaire  !

J’ai trouvé ce moment génial pour l’aspect auto-éducation. Vous savez, quand on a l’impression que les étudiant.e.s éduquent d’autres étudiant.e.s, par un exposé de recherches et des débats où chacun expliquent ses opinions. C’est kiffant ! 

J’espère que cette ambiance se ressentira de nouveau pendant la semaine Art et Médias proposée à Paris 3 du lundi 11 mars au vendredi 15 mars 2019. En tant qu’étudiant.e vous y êtes bien sûr invité.e !

   Merci à tout.e.s les organisateur.rice.s !

*celleux, elleux, iels (ou iel au singulier) sont des pronoms de la troisième personne. Ils permettent de désigner n’importe qui, sans distinction de genre. De plus, par l’utilisation de ces pronoms le masculin ne l’emporterait plus nécessairement sur le féminin.

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