"J’accuse" : l’impact destructeur d’une horrible injustice

Delia Arrunategui

Critique cinéma (et sociale) de J’accuse, film de Roman Polanksi, sorti en salles le 13 novembre 2019. Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Didier Sandre, Vincent Perez, Wladimir Yordanoff. 2h12.

Photo extraite du film J’accuse. Le colonel Picquart à gauche, interprété par Jeau Dujardin, face à Alfred Dreyfus (Louis Garrel). (Gaumont Distribution)

Une affaire d’Etat 

Fin 1894 la France s’apprête à vivre une affaire qui fera trembler l’Etat et ses hauts gradés militaires. Cet évènement polarisera l’opinion publique et deviendra un exemple représentatif des stéréotypes discriminatoires qui corrodent notre société.

J’accuse nous présente la tristement célèbre Affaire Dreyfus, racontée du point de vue du Colonel Picquart, personnage central de cette histoire. Alfred Dreyfus est un officier français d’origine alsacienne. Il a été victime d’une machination judiciaire qui l’a accusé et rendu coupable à tort d’espionnage pour le compte de l’Allemagne. Suite à ce jugement, il est destitué de son grade ; il a souffert l’humiliante cérémonie de dégradation militaire, qu’implique une destitution publique de son statut de militaire et la destruction des symboles portés sur son uniforme. Dreyfus a été aussi condamné à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée au bagne de l’île du Diable en Guyane.

Ce film est l’adaptation du roman historique D. de Robert Harris, publié en 2013. Son titre est une référence à « J’accuse… ! », l’article rédigé par  Émile Zola paru en 1898 dans le journal L’Aurore, qui prônait la défense du capitaine Dreyfus.

Le héros méthodique 

Au long du film le Colonel Picquart découvre l’injustice faite à ce militaire, qui a été choisi comme bouc émissaire de cette affaire d’espionnage au seul motif d’être de confession juive. 

Le personnage de Picquart est interprété de façon sobre mais juste par l’acteur Jean Dujardin, qui a été récompensé en 2012 par l’Oscar meilleur acteur pour le film The Artist.  

Le personnage clé du film est sans doute lui, car grâce à sa lucidité extraordinaire et à sa détermination sans faille, ce militaire à la carrière sans tache, fier et sûr de lui, arrive à faire la lumière sur cette affaire. Assoiffé de justice et avec un léger sentiment de culpabilité, le colonel Picquart nous montre comment n’importe qui (même lui) peut tomber dans la stigmatisation d’un groupe de personnes et comment cela peut biaiser son jugement. 

Le héros méthodique (Le colonel Picquart, Jean Dujardin). Photo Guy Ferrandis

L’histoire à travers le prisme Polanski 

Le plus récent film du très polémique Roman Polanski, est un film qui nous invite aussi à faire un voyage dans le temps, car l’Affaire Dreyfus a eu lieu avant que la Première Guerre Mondiale n’arrive avec un déluge de morts et destruction sans précédents. Avant que la Révolution russe bouleverse le panorama géopolitique et social du XXe siècle et avant que les frères Lumière organisent pour la première fois au monde la projection publique d’un film. Cela peut nous paraître loin dans le temps, mais après réflexion on se rend compte qu’après 126 ans, les mœurs et la mode ont évolués (heureusement !) mais pas les stéréotypes et les discriminations, elles restent toujours présentes dans notre quotidien, et certaines n’ont même pas vieilli d’un jour ! Dans l’actualité les préjugés continuent à désigner des boucs émissaires et des Usuals Suspects pour la plupart des malheurs qui affligent le monde. 

« L’histoire à travers le prisme Polanski » Photo: Guy Ferrandis Site: https://gonehollywood.fr/critiques/cinema/j-accuse/

Polanski a réalisé un film direct, sans fanfare, sans nous donner des détails “croustillants” des personnages ; parfois il fait preuve d’un réalisme plat, mais qui reste tout même percutant. On sort de la salle sans la sensation d’avoir été spécialement bouleversé ou révolté contre cette injustice. Pourtant Polanski connait bien les aléas de la vie, lui qui a dû faire face plusieurs fois à des situations dramatiques et tragiques. Lui qui a souffert la perte d’une grande partie de sa famille par la main d’une idéologie funeste. Lui qui a été frappé par l’assassinat de sa seconde femme Sharon Tate. Hélas, lui qui a été trouvé coupable d’avoir eu des rapports sexuels illégaux avec une mineur. 

Polanski avec ses 86 ans a une histoire de vie si dense, qui ressemble plutôt à un recueil biographique de plusieurs personnes. Figure polémique, artiste talentueux, homme intrigant, victime et suspect, célèbre et insondable. Tout cela est Polanski, et certainement beaucoup plus.

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