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La Coupe du Monde de football féminin 2019 : quand le talent pulvérise les stéréotypes

Crédits France Info. Supporteurs de l’équipe de France de football féminin

Dimanche 7 juillet. Je suis en route vers Lyon pour couvrir la finale de la Coupe du monde de football féminin. Ce soir l’équipe des Etats-Unis affronte celle des Pays-Bas.

Si on part depuis Paris, c’est un voyage de 2 heures, je me rassure en pensant qu’en un clin d’œil j’arriverai à ma destination. En revanche, je sais que pour la plupart des footballeuses, le chemin pour arriver à ce Mondial a été beaucoup plus long et éprouvant. Il faut savoir que les 24 sélections participantes ont dû d’abord passer l’étape des qualifications, et dans la plupart des pays les joueuses doivent se battre tout au long de leur carrière avec le manque de soutien et d’investissements de la part des dirigeants des équipes de football. Les footballeuses, pour arriver à jouer professionnellement sont confrontées à un vrai parcours du combattant !

La tyrannie de la géographie

Pour les jeunes filles qui souhaitent devenir footballeuses, le pays où elles résident devient un facteur clé pour développer leur talent. C’est un constat. Dans les pays où le football est perçu comme un sport « masculin » les footballeuses sont beaucoup moins soutenues. Par exemple, en Amérique latine le football est le sport le plus populaire et pratiqué de la région. Il arrive à déclencher chez les supporteurs une ferveur presque religieuse, et les joueurs selon leurs performances, sont élevés au rang de super héros. Mais cette passion (fascination) pour le football, parait être réservée exclusivement aux équipes masculines peut-être est-ce dû au fait que dans l’imaginaire social, pour jouer ce sport il faut faire preuve d’endurance et de force, et qui dit force dit puissance, toutes des qualités historiquement réservées au sexe masculin.

France 2019 : le Mondial qui marque un avant et un après

A la surprise générale, cette huitième édition de la Coupe du monde féminine a vu des records d’audience et d’affluence dans les stades. La Fédération internationale de football (FIFA), organisatrice de l’événement, a annoncé plus d’un milliard de téléspectateurs (plateformes numériques comprises), contre 850 millions pour le dernier Mondial, en 2015 célébré au Canada. 

En France dans les neuf villes hôtes la moyenne de remplissage des stades a été de 74 %. Bien sûr, tous les matchs de l’équipe de France ont été joués à guichets fermés !

Photo : Crédits Delia Arrunategui. Stade Groupama Lyon, 7 juillet 2019

De quoi on parle quand on parle de football ?

Quand on parle de football on ne parle pas seulement du jeu, on parle aussi du Foot business, c’est-à-dire de l’économie liée au football, cette machine financière qui se met en place pour spéculer et favoriser les transferts de joueurs d’une équipe à l’autre et qui gère les droits de retransmission ou sponsoring.

Les fans aiment aussi parler (et fantasmer) sur les salaires des grandes stars du football, par exemple en 2018 le Brésilien Naymar a fait couler beaucoup d’encre grâce à son transfert du Fultbol Club Barcelone (Barça pour les initiés) au Paris Saint-Germain. Cette transaction a couté au PSG 222 millions d’euros. Naymar est placé dans la liste des joueurs les mieux payés au monde, il perçoit un salaire annuel de 36,8 millions d’euros.

Mais il ne faut pas oublier que le football a aussi une dimension sociale et politique très importante, car par sa popularité et son caractère transnational, il rassemble les supporteurs dans une grande communauté, laquelle est capable de prendre position sur des sujets d’actualité et diriger ses demandes ou ses plaintes en tant que groupe social.

La star brésilienne de cette Coupe du monde

Le grand talent des footballeuses et les revendications sociales et politiques de certaines d’entre elles ont attiré l’attention mondiale, ayant permis à cette Coupe du Monde d’être beaucoup mieux couverte par les médias. Grâce à cet emballement médiatique le grand public a eu l’occasion de découvrir les noms des grandes stars du football féminin, comme c’est le cas de la légendaire Marta Vieira da Silva, cette inépuisable footballeuse brésilienne qui a été sacrée six fois meilleure footballeuse de l’année par la FIFA. Grâce à elle j’ai découvert qu’au Brésil le football féminin a été interdit de 1949 à 1979,  cette loi cherchait à interdire aux femmes la pratique de sports dits masculins, dont le football.

Mais la volonté est plus forte que les contraintes, et la dévotion que Marta porte au football est devenue une source d’inspiration pour l’équipe brésilienne et aussi pour tous ceux qui se battent à contre-courant pour atteindre un objectif :

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Vidéo crédits TF1. Déclarations de la joueuse Marta Vieira da Silva, équipe du Brésil, après le match contre la France

L’équipe de France

Les Bleues ont été éliminées en quarts de finale par les Etats-Unis, mais grâce à leur remarquable performance et grand charisme, les footballeuses continuent à jouir d’une popularité grandissante. La capitaine, Amandine Henry, a eu récemment un privilège rare, celui de participer au défilé du 14 juillet avec la Patrouille de France. Le milieu de terrain de l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais a embarqué en tant que passagère un avion militaire, l’Alpha Jet, et a survolé la capitale, notamment les Champs-Élysées.

Pour ce qui concerne les nouvelles sur l’équipe, elles feront leur retour sur les terrains le 31 août, à l’occasion d’un match amical contre l’Espagne qui se jouera au stade Gabriel-Montpied de Clermont-Ferrand.

 
Photo crédits Twitter Capitaine de l’équipe de France Amandine Henry

La grande finale

Grâce à mon TGV et à deux tramways,  je suis arrivée (presque) sans effort à ma destination : Le Groupama Stadium, ce beau stade récemment inauguré (en 2017), qui a une capacité de 59 186 places, dont la plupart (selon mes premières impressions), vont être prises par les fans de la team USA.

Cette finale du mondial s’est jouée à Sold Out. Les supporteurs américains, après les Français, ont été dans cette Coupe du monde les plus grands acheteurs de billets (15 %, soit 156 191 tickets). Les fans des équipes de football féminin sont majoritairement formés par un public familial, ce qui diverge du profil qu’on a l’habitude de voir dans les tournois masculins.

A Lyon les supporteurs néerlandais étaient présents aussi en nombre, la couleur orange électrique de leur maillot rythmait avec les rayons du soleil qu’illuminait cette belle après-midi de dimanche.

Crédits Delia Arrunategui. Parvis du Stade Groupama, Lyon 7 juillet 2019

La fête avant le match

L’ambiance bon enfant régnait sur le parvis du stade, on entendait la musique festive qui sortait des stands de Coca-Cola, on voyait aussi les supporteurs et le public en général se balader un peu partout, parmi eux un grand nombre portaient fièrement des maillots avec le nom de leur footballeuse préférée. A ma grande surprise, je me suis rendue compte que j’étais en train de vivre un moment unique, où la célébration de la finale de la Coupe du Monde servait de cadre pour célébrer quelque chose de bien plus grand : l’épanouissement des femmes sur le terrain de football, mais aussi en dehors de la pelouse ! Tout un exploit qui rendait encore plus mémorable cette belle compétition sportive.

L’équipe des Etats-Unis est l’une des plus fortes sur le plan mondial, cela devient un Fact-check (vérification des faits) au moment de compter leur impressionnant palmarès qui lui permet d’être l’équipe la plus titrée au monde.

Ce dimanche à Lyon elles remportaient leur quatrième titre mondial face aux Pays-Bas (2-0). L’ouverture du score américain a été rendu possible grâce à un penalty que Megan Rapinoe s’est chargée d’exécuter parfaitement « nice and easy ». Après viendra le but de Rose Lavelle, avec une démonstration de pourquoi la rapidité et savoir oser sont des signes distinctifs du jeu américain.

L’hurricane Megan Rapinoe

Crédits Reuters, Benoit  Tessier. Megan Rapinoe,  Lyon 7 juillet 2019

La superstar et co-capitaine de l’équipe USA, Megan Rapinoe excelle sur tous les terrains. Elle aime être au centre de l’attention. Femme symbole d’épanouissement et d’irrévérence, elle a attiré les lumières sur elle, pour mieux éclairer les défis actuels.

Militante LGBTQ, Rapinoe sait que le discours du président des Etats-Unis Donald Trump, va au détriment de l’inclusion sociale. Cette footballeuse diplômée en sociologie et en sciences politiques, n’a pas eu froid aux yeux au moment de déclarer qu’elle déclinerait une éventuelle invitation à la Maison-Blanche.

Elle a été aussi parmi les 28 joueuses américaines à porter plainte contre la Fédération américaine de football (USSF) pour « discrimination liée au genre », et par extension l’inégalité salariale entre les joueurs et les joueuses.

Crédits : Delia Arrunategui. Conférence de presse Megan Rapinoe 7 juillet 2019

La voix des supporteurs 

Vidéo : 

Crédits Delia Arrunategui. Stade Groupama remise du trophée

A Lyon après le match, pendant que le président français Emmanuel Macron et le président de la FIFA Gianni Infantino marchaient vers le podium pour la remise du trophée, le public présent a eu l’occasion de transmettre son mécontentement. Les deux dirigeants ont été interpellés par des sifflets et par un slogan dirigé à Infantino : « Equal Pay » (revenus égaux), scandé d’abord par les tribunes occupées par les supporteurs américains et après suivie par une grande partie du stade. Cela a été un moment de grande émotion, une fierté aussi, surtout pour les footballeuses, car leur cause avait été entendue, et désormais ce sont les supporteurs qui portent leur voix pour mieux faire passer le message.

La FIFA a promis des changements de fond pour améliorer les conditions des footballeuses. Nous ne pouvons que rester attentifs à ce que ces changements aient lieu, pour le bien des footballeuses, pour l’épanouissement des femmes en général et pour nous assurer des compétitions sportives de haut niveau.

Crédits : Delia Arrunategui. Stade Groupama tribunes presse

Delia Arrunategui

@arrunategui22

« Ici je ne suis rien », l’envie d’ailleurs des Syriens au Liban.

Sara Machtou | À la sortie de la messe du soir dans la région libanaise de Jounieh, un homme vêtu d’un large polo gris, aux épaules affaissées et le regard au loin, se tient sur le parvis de la Cathédrale Saint Georges Des Maronites, située dans la ville côtière de Kaslik. « Ici je ne suis rien » me confie t-il.

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Paris : Un urbanisme irresponsable ?

La vie parisienne. Chronique sur la propreté urbaine.

Par Cécile Camart-Ferricelli

Pour son numéro paru au 1er mars 2019, le journal Marianne est intransigeant : « PARIS, VILLE-POUBELLE ». Celui-ci ne dédie pas moins de dix pages consacrées à la crasse et aux travers qui sévissent dans les rues de la capitale réduisant, de façon conséquente et durable, la salubrité des conditions de vie parisienne.

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Commémoration des victimes de la Seconde Guerre Mondiale (31.01.2019)

Reportage réalisé par Sarah Bronsard (dernière partie)

Crédits photos : Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Nous y voilà enfin. C’est avec impatience que nous attendions tous ce jour, cette « grande finale » de notre rencontre, la cérémonie commémorative en salle plénière. Il est 6 h, certains d’entre nous sont encore mal réveillés en descendant prendre le petit déjeuner à l’hôtel. Mais rapidement, les conversations s’animent, nous sommes tous excités à l’idée de ce qui nous attend.

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Rencontre internationale de jeunes à l’occasion de la commémoration des victimes de la Seconde Guerre Mondiale (jour 3 : mercredi 30 janvier 2019)

Reportage réalisé par Sarah Bronsard (4ème partie)

Crédits photos : Deutscher Bundestag/Stella von Saldern

Notre troisième journée s’annonce particulièrement intéressante, dans la mesure où elle sera caractérisée par les témoignages et un exemple de résistance française.

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Un « Novo Futuro » environnemental pour le Brésil ?

Emma Flacard | Le 28 octobre dernier, le Brésil a affiché son nouveau président : Jair Bolsonaro. A l’heure où les yeux du monde entier – et monde occidental surtout – sont figés sur cette puissance de l’Amérique du Sud, point sur l’enjeu environnemental dans ce pays qui abrite 4,5 millions de km2 de forêt.

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Y a-t-il un flic pour sauver le président ?

« Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? » aurait pu dire OSS 117 dans le troisième volet de la série éponyme. Et les spectateurs auraient sans doute bien ri de ce personnage de pastiche absolument condescendant à l’ego surdimensionné et à la bêtise sans faille, parce qu’en France on est bon public de cet humour à la limite du politiquement correct, très franchouillard, complètement second degré. Sauf que ce n’est pas Jean Dujardin qui a récité cette réplique bien sentie pour une comédie d’espionnage absurde mais Monsieur Emmanuel Macron.

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Quelle grande leçon sur la vie ce fût alors ! Mais sur quelle vie exactement ? Celle de la petite réussite en Macronie qui voudrait des jeunes actifs auto-entrepreneurs pro-système et bien pensant ; ni à gauche ni à droite, juste en marche pour le gouvernement. Car finalement cette nouvelle punchline – si on peut dire ainsi – ce n’est pas tant la remise en place d’un collégien « perturbateur » mais plutôt l’indice révélateur d’une vision à la fois étriquée et normalisante. Étriquée parce non – et je ne vous apprend rien – le sens profond de l’existence ce n’est pas avoir un diplôme pour mettre de la soupe sur la table. Enfin j’espère ! Normalisante parce non, ce conformisme capitaliste ne peut pas être acceptable unanimement. Dans un pays où la liberté s’érige en valeur fondamentale, même un gouvernement ultra-paternaliste n’a pas à dire à ses concitoyens ce qu’ils sont censés faire de leur vie ou comment la réussir. Laissons ce dur labeur aux journaux et aux réseaux sociaux, s’il vous plait ! Et c’est bien là que se pose le véritable problème : Monsieur le Président, tout le monde a le droit de faire la révolution !

Quel espace pour la révolution ?

Au delà de la volontaire provocation d’un Président qui veut se faire respecter en jouant l’air de rien au même jeu que son détracteur, le véritable risque de ce genre de prise de position est de réprimer tout espace possible de la révolution. De quoi se plaindre si on n’est déjà pas dans le système : intègre toi d’abord et on verra après ! En poussant l’analyse un peu plus loin, cela voudrait dire qu’il faut un certain niveau intellectuel reconnu par l’état – le « diplôme » ; car si tu es malin mais que tu n’as pas ce bout de papier parce que tu es tombé dans les entraves obscurs de ParcourSup, par exemple, et bien tu ne comptes pas, désolé – et des fonds financiers suffisants pour subvenir à tes propres besoins – « te nourrir toi-même » ce qui est une façon polie de dire : « ne pas dépendre des autres » ; oui on est loin de la solidarité et très loin du communisme – et bien tu n’as pas à faire la révolution – c’est à dire exprimer ton mécontentement face au système et essayer de le changer. Conclusion : le système est bien, ce sont les autres qui sont nuls. Donc d’abord il faut s’insérer proprement dans le système et ses valeurs, et après s’être fait une place dans cette société, là il serait possible de se révolter. La question est la suivante : Pourquoi s’intégrer à une société qui ne me correspond pas ?

Alors qui a le droit de vouloir changer le monde ? Ou doit-on d’abord acquérir une certaine forme de légitimité pour pouvoir ouvrir sa gueule ? Alors que certains se battent pour une convergence des luttes – parce que même si tu n’es pas un migrant ou un étudiant ou un employé de la SNCF, tu as le droit de penser que c’est injuste et de vouloir faire quelque chose alors que cela ne te concerne même pas, et heureusement sinon il ne resterait plus grand monde pour défendre la cause animale – d’autres semblent plutôt penser que les « agitateurs professionnels » et activistes en tout genre n’ont pas grand chose à dire au regard de leur situation. Dans un système à une seule porte d’entrée, il s’agit donc, si je comprends bien, de se plier à l’éducation, c’est à dire : Passe ton bac d’abord ! ensuite au marché du travail, c’est à dire : Trouve-toi un vrai boulot ! Même si dans une certaine mesure l’école et le travail sont des vecteurs d’émancipations, est-ce qu’il n’y a pas aussi un véritable risque soit de formatage des individus, soit d’oppression car il ne reste plus beaucoup de temps pour se révolter. Et si on est jeune, et si on n’a pas beaucoup de responsabilités, et si on n’est pas tout à fait vraiment intégré dans le système, est ce que ce n’est pas justement le moment de faire la révolution ?

Egalité des droits et démocratie oblige – et en plus en France, on aime bien se plaindre – tout le monde a son mot à dire. De ce point de vue, même les propos d’Emmanuel Macron les plus inspirés d’Hubert Bonisseur de la Bath sont tout à fait acceptables si on les attribue à l’individu et non à sa fonction de président. Et finalement moi non plus, je n’ai aucune légitimité à écrire cet article : je n’ai pas de diplôme en politique ou en quelques domaines qui s’en rapprochent, pas plus que je n’ai de vrai métier, mais il se trouve que je fais partie d’une rédaction – Nouvelles Vagues, journal libre et participatif, franchement rejoins nous ! – qui m’aura laissé le publier si vous l’avez en ce moment devant les yeux.