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Paris : Un urbanisme irresponsable ?

La vie parisienne. Chronique sur la propreté urbaine.

Par Cécile Camart-Ferricelli

Pour son numéro paru au 1er mars 2019, le journal Marianne est intransigeant : « PARIS, VILLE-POUBELLE ». Celui-ci ne dédie pas moins de dix pages consacrées à la crasse et aux travers qui sévissent dans les rues de la capitale réduisant, de façon conséquente et durable, la salubrité des conditions de vie parisienne.

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Paris à vélo

Première chronique de Cecile Ferricelli-Camart sur la vie urbaine, ses améliorations et ses habitants.

Projet d’aménagements rue Rivoli (Paris)
Crédits Cécile Orsinger – diffusion sur France 3 Ile-de-France

Se déplacer à vélo dans Paris ? Trop dangereux ! Paris est moins largement réputée qu’Amsterdam ou Copenhague, nos voisins écolo-pratiques, pour ses vastes artères cyclables aux vues imprenables. Pourtant, en deçà d’un trafic parisien quotidiennement turbulent et souvent anxiogène pour ses utilitaires, le choix du vélo ne paraît plus si invraisemblable.

Les trajets journaliers du très célèbre cercle « métro-boulot-dodo » de la région parisienne sont très amplement considérés comme une obligation pénible, répétitive et souvent bien trop longue pour les étudiants et travailleurs de la ville. Combien de fois nos collègues arrivent en retard et déjà fatigués à cause des imprévus d’un trafic sur-bondé ?

Ces trajets génèrent du stress, déjà parce qu’ils façonnent notre mode de vie en écourtant nos nuits par exemple, puis parce que chacun subit les aléas de la cohabitation du trafic (conduite frénétique des autres utilisateurs, ralentissements, problèmes techniques, renfermement, foule…).

Ces allers-retours ont des conséquences sur notre comportement, notre humeur et surtout, sur notre productivité. De plus en plus, ces trajets constituent des problématiques à prendre en compte pour les employeurs à charge de garantir le bien-être professionnel de leurs employés.

Aussi, les mécanismes de cette habitude à utiliser les transports et le peu de visibilité quant aux alternatives à cette source de mauvaise humeur ne nous permettent pas d’envisager notre quotidien autrement. Certains d’ailleurs ne le pourraient pas, compte tenu du nombre de travailleurs et d’étudiants qui vivent extra-muros. Pourtant, depuis 2015 la mairie de Paris agit activement en faveur du « Plan vélo » qui vise à élargir considérablement un réseau REVe (réseau express vélo) afin de faire de la capitale, d’ici 2020, une semblable de nos voisins bicyclophiles nordiques.

Plus sérieusement, devenir un usager de ce deux-roues possède plusieurs avantages. Pour les étudiants tout juste arrivés à Paris, les turbulences et l’enfermement des transports en commun peuvent désorienter et désamorcer l’enthousiasme de démarrer une nouvelle vie au sein du cœur culturel français.

Pourtant, aller à la fac à vélo est un excellent moyen de découvrir la ville, ses grands axes et ses rues retranchées. On s’approprie la ville d’une autre manière, par un trajet plus libre, plus authentique, plus stimulant et enfin, plus personnel que l’expérience d’une énième lassitude entre un point A et le point B.

On pourrait penser que prendre son vélo signifie prendre du retard, pourtant les dispositions des bandes cyclables permettent des trajets mieux disposés à nous amener directement à notre destination en opposition aux lignes de métro qui desservent plusieurs arrêts éparses avant de nous guider vers la direction souhaitée. D’ailleurs, beaucoup d’étudiants sont obligés de faire un ou plusieurs changements et d’espérer n’avoir que peu de temps à attendre entre deux lignes. Le vélo récupère ce temps d’attente et plus encore, quoi qu’il soit soumis à la signalisation urbaine. Le cycliste est autonome bien qu’il prenne évidemment en considération l’intensité du trafic. Alors qu’il se doit d’être absolument vigilant aux mouvements des divers usagers cette autonomie peut être source de bien être. Aussi, on ne peut affirmer, sans rappeler une évidence, que le vélo est une activité physique et sportive. Toutefois, pratiquer une activité physique avant de se rendre à la fac favorise un (re)gain d’énergie. Elle diminue les fatigues passagères, permet une meilleure digestion et façonne une posture propice au travail grâce aux muscles préalablement stimulés.

Les quelques vélos rangés aux abords de la fac sont la preuve de cette prise de conscience encore difficilement palpable. Pourtant, la forme des cyclistes s’évalue aussi sur la déconstruction du stress généré par les transports. Beaucoup choisissent le vélo parce qu’il est une issue aux personnes sujettes à la claustrophobie ou à l’agoraphobie. L’appréciation du paysage parisien, la sensation de pouvoir respirer à plein poumons – une fois le pot échappement du camion au feu rouge éloigné, et la prise en charge manuelle, renouvelable du trajet cyclable sont des éléments constitutifs d’un soulagement réparateur. Ces trajets en plein air peuvent motiver et unifier notre bien être, notre confiance, voire…notre fierté !

En effet, l’utilisation des bicyclettes est un acte écologique. Les étudiants forment la génération encline aux formes d’actions en faveur du développement durable et de la lutte contre la pollution et autres maux dévastateurs pour la planète. Le vélo, la trottinette ou encore le skate s’ancrent dans une cohésion pérenne de transport, valorisant un mode de vie sain et respectueux de la nature. Prendre son vélo revêt toujours, un aspect, même moindre, de militantisme pratique et bienveillant à tous les égards.

En quoi, l’utilisation de notre bolide non motorisé peut être englobé d’une philosophie de vie épicurienne, en accord avec notre corps et les enjeux de la société contemporaine. Pourquoi attendre ?

Au final, la majorité des étudiants utilisent les transports en commun qu’ils jugent inévitables au regard de la distance entre leur appartement et la faculté. D’autres arrivent à trouver leur compte au sein des nuisances en effectuant de micros siestes pendant le temps de trajet. Ce que l’on retient, c’est que beaucoup n’envisagent pas le vélo comme une possibilité même si celle-ci peut s’avérer être réelle dans certains cas.

En effet, le temps grisonnant emblématique de la capitale n’encourage pas les promenades à vélo. Aussi, les métro-addicts craignent la porosité des pistes cyclables souvent partagées avec les bus et les taxis. Ils ne font pas confiance à la conduite des autres passagers et redoutent de ne pas être visibles sur le trafic. On peut concéder que le statut du cycliste est souvent appréhendé par les autres comme un usager troublant, imprévisible, circulant à mi-chemin avec la signalisation des piétons et celle des voitures.

Toutefois, pour pallier l’ambiguïté, le projet « Paris à vélo » prévoit, justement, une réglementation du trafic davantage sécurisée et plus fidèle à la diversité de ses usagers. Le projet contient notamment l’aménagement des rues à double-sens cyclables pour « favoriser des trajets plus courts et plus sûrs ». Cette innovation, corrélée à la mise en place de nouvelles grandes pistes cyclables assurent la mise en circulation de nouveaux panneaux de signalisations propices à un partage de la route mieux équilibré. L’envergure de ses actions explicite évidemment la veine écologique de ce projet.

Depuis 2015, depuis le lancement de « Paris à vélo » le nombre de cyclistes augmentent, un nombre accentué grâce à la mise en place de nouveaux dispositifs comme Veli’b apparu en 2010 ou plus récemment, l’installation de la société de trottinettes électriques Lime. Ces moyens de circulation novateurs visent à rendre les trajets intra- muros plus attractifs : un moyen pour nos travailleurs et étudiants exaspérés de redécouvrir leur quotidien et leur ville autrement.