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Divagations sentimentalement hivernales

Nouvelles Vagues est enchanté de présenter le poème hivernal de : 

Loan Peuch | Les allées des jardins sont mortellement gelées dans une robe hivernale, lacérant les branches, glaçant les bancs bruns, emprisonnant la chaleur de la place dans une prison d’ambre blanche. Les flocons s’écrasent contre un sol métallique sur lequel résonnent les échos des vents troubles. Des âmes abritées derrière de longs manteaux gris parcourent cette grande rue parsemée d’arbres agonisants, leurs lèvres crachent leurs souffles pétrifiés de froid et leurs bouffées de cigarette, comme d’ultimes soupirs, cherchant à réchauffer le corps inerte du printemps défait. Des yeux grésillants dans une brume impénétrablement diaphane, des visages roses dont les teintes s’évaporent sous les flots grisâtres tombant en une averse légère et planante, un rideau se déposant comme un négatif sur leurs joues. Les cinémas bordant les rues et avenues voisines diffusent toute la journée des films en accord avec cette ambiance, un noir et blanc strident ou épuré, on fume beaucoup, on se déchire dans les rues animées de la ville, on se perd dans nos sentiments les plus purs, sous les caméras les plus inventives, les plus créatives, les plus voluptueuses, on se noie dans la chaleur de nouvelles vagues. Le plus proche se situe à deux rues de la place, il est assez grandiose pour être repéré dès qu’on entrevoit le virage qui y mène. Il est cerné d’immeubles haussmanniens aux volets ouverts et aux rideaux chancelant dans la froide agitation du vent hurleur. La porte cochère de l’un d’eux est placée exactement en face de celle du cinéma, et le toit de ce dernier est coupé juste en dessous des premières fenêtres.

Aux heures tardives, elle s’y accoude, et peut ainsi voir le sang du ciel vermeil se répandre onctueusement sur les néons balbutiants de l’édifice. Ses cheveux bruns doucement balayés par une brise torturée, elle laisse ses avant-bras dépasser de l’encadrement arbitraire de la fenêtre et de ses battants uniformes. Son pull à rayures encaisse le premier les morsures fauves d’une nuit désespérée, la lumière envahissant l’appartement est sublime. La grand place s’éteint et pourtant, tout semble brûler, tout semble dramatiquement s’effondrer, le doux bruit de la pellicule qu’on projette ne fait que débuter.

 

La Havane

Albien Gakegni ∣ Je suis l’être d’ici, citoyen de ton territoire
Métisse par mon identité d’étranger
Exilé par désir d’être ici où dans les rues la joie se distribue
Le silence des jeunes jours ressemble à une paix qui dure
A une amertume qui se retire et libère l’âme.
Tes jeunes filles sont d’une bienveillance à chanter
Tes vieillards sont sages et tes ancêtres béatifiés
Pour garder intacte la mémoire de ton histoire.
Ton hymne ressemble au bonheur qui croît sans cesse. Lire la suite La Havane

Gondry

Daphné ∣ Assis sur le soleil, nous avons construit notre nid.

Loin de tout, nous n’entendons plus ce qu’ils disent.

Sans se soucier, nous restons là, à fondre,

Devant le regard de l’autre.

 

Dans ce silence, nos pensées résonnent.

Le futur est à notre porte, avec nos souhaits.

Face à ce feu de joie, nous restons blottis.

La douce chaleur, encore assis sur le soleil.

 

Nous revenons toujours vers cette lumière,

Qui a protégé nos jeunes nuits.

Le passé et le présent s’accélèrent.

Nous aimons toute cette paix, nous revivons enfin.

 

Hier, aujourd’hui et demain aussi,

Toujours de la même façon

La lueur du matin reviendra et,

Toujours devant la même beauté,

Nous serons assis sur le soleil.

 

Poème basé sur la chanson de Primary et OhHyuk

 

 

« Les Trois soeurs », Tchekhov au XXIème siècle

Emma Caputo ∣ Du 10 novembre au 22 décembre 2017, le théâtre de l’Odéon nous présentait une adaptation inédite de l’œuvre de Tchekhov. Olga, Macha et Irina composent le célèbre trio de jeunes femmes partagées entre le souvenir d’un passé idéalisé et leurs espoirs en un avenir meilleur où elles accompliraient leur rêve : retourner à Moscou. Mais à mesure que les années s’écoulent, leurs idéaux s’éloignent irrémédiablement, les abandonnant à un destin auquel elles ne peuvent se soustraire. Lire la suite « Les Trois soeurs », Tchekhov au XXIème siècle

King Krule – The Ooz

Adélaïde Plancoulaine ∣ Mes mots sont trop pauvres pour la souffrance qui habite cet album.

The Ooz et sa couverture colorée cachent, en effet, une beauté obscure, difficile à pénétrer et à interpréter. Nu sous le nom de King Krule, Archy Marshall couche ses pensées les plus sombres dans une opacité presque dérangeante. Solitude, désillusion, rupture, manque et perdition dans un chaos contrôlé d’influences punk, jazz ou trip-hop. Lire la suite King Krule – The Ooz