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Bleu

Delia Abouakil |

Les lumières larmoient et clignent leurs yeux embués dans la ville mélancolique
Une couleur de lasse sérénité est descendue et a tout dominé
La pointe des toits le reflet des pavés portent ce bleu profond comme un deuil de sagesse
Bleu roi bleu toi bleu silence et lourde soie…
Le bleu a un sourire tombant mais des yeux de Joconde.

Une fenêtre s’éveille et garde le crépuscule en bon phare fidèle.
Et c’est maintenant
L’heure de délice
L’heure de malice
L’heure de sortir et de humer le bleu,
De s’étourdir car il est pur et plein d’énigmes…
Mais de le consommer frustrée comme un fruit qu’on effleure.

La ville a un bruit d’eau
Un air froid et piquant y coule et m’attaque.
Vengeance ! Le bouclier de ma fenêtre se replie.
Je détache ma peau du bleu et je le regarde à travers elle.
Elle est brave, mais son père n’est pas vitrier.

Le bleu est devenu un tout petit carré.

La librairie

Daphné | L’odeur des vieux livres. Le bois qui grinçait sous ses pieds. La tranquillité qui flottait dans la pièce. A** aimait tout de cet endroit et ne l’aurait échangé pour rien au monde. A** se sentait libre, loin des autres, de leurs regards, libre de qui elle prétendait être. Il n’y avait plus de jugement. Personne ne pouvait entrer dans son monde. Elle venait aux meilleurs moments, quand il n’y a pas grand monde.

Le vieil homme l’appréciait et il la laissait rester aussi longtemps qu’elle le souhaitait. Elle n’avait pas beaucoup d’argent mais ce n’était pas ce qui comptait le plus pour lui. Il lui était reconnaissant d’aimer les livres, d’aimer son sanctuaire. Elle pouvait feuilleter les ouvrages sans soucis.

Elle appréciait également les tableaux affichés aux murs. Il avait rempli les quatre façades de ces couleurs vives, ainsi la pièce en était plus chaleureuse. Outre les tableaux, il y avait des photographies, des affiches de concerts, des dessins d’enfants, une véritable galerie d’art très diversifiée. A** aimait tout de cet endroit. Tous les goûts étaient représentés dans ce petit temple.

Tout dans cette boutique, à l’exception du vieil homme, était à vendre. Et elle voulait tout acheter. Quelque chose pourrait plaire à sa famille. Une autre chose pourrait plaire à ses amis. Ça plaisait surtout à son amour de l’art. C’est pourquoi elle fit la promesse d’acheter une photographie et un ouvrage avec son premier salaire. Pour le moment, elle continuait de rendre visite à son ami qui lui imposa deux conditions : qu’elle ait du temps et ses lunettes si besoin.