Archives du mot-clé histoire

Histoire(s) et enquête

Emma Flacard | A l’Ecole Normale Supérieure (ENS), la Semaine de l’Histoire avait lieu du 4 au 6 avril 2019, proposant un cycle de conférences et des projections de documentaires autour d’un thème commun : l’enquête. J’ai assisté à la projection du documentaire de Ruth Zylberman, Les Enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe le vendredi 5 avril à 19h30. La réalisatrice, ainsi qu’Elsa Génard, doctorante en histoire à Paris 1 et Claire Zalc, historienne et chercheuse à l’ENS et au CNRSS, étaient présentes et ont initié une discussion à l’issue de la projection.

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Le temps et le changement

[Albien Gakegni nous propose une réflexion mêlant temps et conscience humaine collective]

Parlez-moi de l’Histoire. Énumérez les plus grands événements frappants de l’humanité les uns après les autres, mais pas un mot sur la durée, ni sur les êtres disparus sur l’étendue terrestre.

Par « temps » on entend bien l’instant, le moment, la période et la durée. Le concept de temps est clairement ce qui nous nous échappe simplement. Je parle de nous en tant que conscience humaine collective, même si quelques individualistes présumés et libertins s’estiment loin de ce cadre.

J’ai envie de dire que moi aussi je sais ce qu’est le temps. Mais cette notion s’éloigne de l’homme au fur et à mesure qu’il l’approche. Les manuels de grammaire et de conjugaison nous ont appris à nous conformer à des idées déjà toutes construites, des éléments qui nous auront permis simplement de différencier ce qui se passe maintenant et ce qui s’est passé hier, de ce qui se passera dans l’avenir. Un futur qui demeure un espace assez opaque et aussi sombre qu’est le sens même qu’on donne au présent.

Les esprits-bibliothèques qui sont devenus des librairies ambulantes par souci de prestige et par besoin du siècle, nous condamnent à rester au seuil du désir de compréhension. Le simple mot quête nous est aussi retiré semble-t-il par incapacité à pouvoir mener à bien une lourde tâche. Quelque chose nous échappe. Il y a toujours un désir qui nous maintient prisonnier de sa préoccupation. Voilà qui change le cours de la vie. Voilà comment ce qu’on appelle le temps devient multiforme.

Le jour de la satisfaction de ce désir non-exprimé clairement, l’homme aura comme impression d’avoir vécu son temps. Mais tant que la brûlure continuera à creuser notre intérieur, notre temps restera fractionné et partagé entre réalité et imagination. Et comme le temps s’accélère dans notre esprit à un rythme plus rapide que dans la réalité physique, le processus est aussi précipité au point où loin de le désirer encore, l’homme possède déjà l’objet. Ce n’est qu’en essayant de pénétrer derechef dans l’univers cosmique et de s’identifier aux autres qu’il se rendra compte de sa téléportation vers un autre univers temporel, totalement différent de ce qu’il partage avec ceux qui l’entourent. Et ce déséquilibre qui surgit aussitôt en lui sera défini comme un mal de vivre : le fait de réaliser qu’il ne peut avoir de conformité entre l’intérieur et l’extérieur d’une même personne.

Albien Gakegni

time symbol in a man's head...
photo illustrant l’article du Huffingtonpost suivant lien ci-après

https://www.huffingtonpost.fr/virginie-van-wassenhove/temps-cerveau_b_2924324.html

Edmond, la face cachée de Cyrano

Emma CaputoSuite à son succès en 2017, la dernière pièce d’Alexis Michalik fait son retour au théâtre du Palais Royal du 20 avril au 16 décembre 2018. Lire la suite Edmond, la face cachée de Cyrano

Hotarubi no Mori e

Daphné ∣ Une petite critique pour un petit film de 45 minutes d’émotions. Basé sur le manga de Yuki Midorikawa publié en 2002, Hotarubi no Mori e, est une histoire d’amitié entre deux personnes dont les vies deviennent inévitablement entremêlées alors qu’ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Lire la suite Hotarubi no Mori e

« Les Trois soeurs », Tchekhov au XXIème siècle

Emma Caputo ∣ Du 10 novembre au 22 décembre 2017, le théâtre de l’Odéon nous présentait une adaptation inédite de l’œuvre de Tchekhov. Olga, Macha et Irina composent le célèbre trio de jeunes femmes partagées entre le souvenir d’un passé idéalisé et leurs espoirs en un avenir meilleur où elles accompliraient leur rêve : retourner à Moscou. Mais à mesure que les années s’écoulent, leurs idéaux s’éloignent irrémédiablement, les abandonnant à un destin auquel elles ne peuvent se soustraire. Lire la suite « Les Trois soeurs », Tchekhov au XXIème siècle

« Les Derniers témoins face à la caméra » de Sophie Nahum

Tess Noonan | À l’occasion de la journée mondiale dédiée à la mémoire de l’Holocauste (27 janvier), le Mémorial de la Shoah à Paris projetait ce dimanche 28 janvier quatre courts métrages de Sophie Nahum sur quatre anciens déportés, avec la présence de ces derniers dans la salle. Cette projection était proposée en partenariat avec CinéFac et était animée par Gabrielle Napoli, critique littéraire pour le journal en ligne En attendant Nadeau.

Armand. Lucette. Victor. Henri.

Ces quatre entretiens font partie du projet Les Derniers témoins face à la caméra, une série de courts documentaires sur d’anciens déportés de la Shoah, créée par Sophie Nahum. La série compte quinze épisodes à l’heure actuelle. Le titre de cette série traduit un sentiment d’urgence ; à la genèse du projet se trouve la prise de conscience de Sophie Nahum que ses jeunes enfants n’auront pas l’occasion de rencontrer d’anciens déportés et d’entendre de vive voix leurs témoignages. De cette prise de conscience est né le projet Les Derniers. La particularité des entretiens se trouve dans leur format court (les épisodes durent entre sept et dix minutes) et dans leur accessibilité en ligne. Sophie Nahum affirme que ce format et ce mode de diffusion ont été pensés pour s’adapter aux nouvelles générations et au rapport qu’elles entretiennent à la technologie.

Ce format court a néanmoins ses limites. Je regrettais souvent que les entretiens ne durent pas plus longtemps, car les témoignages sont très forts. On aimerait avoir plus de temps pour les écouter, observer les photos qui sont montrées. On a souvent l’impression d’assister à une version condensée de l’échange, ce qui est assez frustrant ; d’autant plus que Sophie Nahum dit passer plusieurs heures avec ces personnes pour chaque témoignage. Après avoir visionné son épisode, Lucette, une des témoins présentes, s’est même exclamée « c’est trop abrégé ! ». Sophie Nahum a signalé qu’elle avait cependant pour projet de développer un format long.

L’intervention des témoins après la projection de leur épisode arrivait donc à point nommé. C’était à chaque fois très fort de les voir « pour de vrai » et de prolonger l’entretien avec eux. Ils manifestaient l’envie et le besoin de parler, investis d’un véritable devoir de mémoire et de transmission. Ainsi, quand on demande à Lucette pourquoi a-t-elle choisi de témoigner, elle répond « parce qu’on m’a dit de le faire », en faisant référence aux déportés du camp qui n’ont pas eu la chance d’en revenir. Beaucoup des témoins interviewés par Sophie Nahum interviennent dans des collèges et lycées, comme Victor Pérahia.

Tous partagent aussi le traumatisme de quelque chose d’inconcevable qui a rendu la communication avec leurs proches très difficile. Beaucoup évoquent leur incapacité à parler de l’Holocauste avec leur famille, pendant des années. En effet, le silence a été omniprésent pendant les projections, symbole d’un passé trop lourd à porter. La présence des enfants et petits-enfants de déportés dans la salle témoignait donc de cet héritage, que même les mots ont du mal à saisir. L’émotion était palpable. « Le silence c’était aussi un moyen de s’en sortir », rappelle Elie Buzyn, rescapé d’Auschwitz. À présent, parler est devenu vital.

Pour visionner Les Derniers témoins face à la caméra :
https://www.facebook.com/LesDerniers.org/
Pour soutenir le projet de Sophie Nahum :
https://www.leetchi.com/c/projets-de-hello-prod

L’agenda culturel du Mémorial de la Shoah est riche en rencontres, projections et commémorations. Les prochains témoignages auront lieu ce dimanche 11 février, et mettront en lumière le rôle de la Suisse comme terre d’asile pendant la déportation de millions de Juifs vers les camps. Cinq  personnes, réfugiées en Suisse pendant la guerre, seront présentes pour parler de leur expérience.

« Je ne suis pas une arme de guerre » : une mise en scène émouvante mais perfectible

Annie Welter | Dans Je ne suis pas une arme de guerre, Anila Dervishi incarne la parole de Sevdije Ahmeti, une militante féministe Albanaise. Auteure de Journal d’une femme du Kosovo, février 1998 – mars 1999, elle y dénonce les pratiques de viols et d’épurations ethniques perpétrées par les Serbes envers les populations Kosovares pendant la Guerre du Kosovo ; Zenel Laci a mis en scène ces témoignages dans une pièce choc, présentée au Théâtre du Gymnase jusqu’au 26 février critique (avec spoilers). Lire la suite « Je ne suis pas une arme de guerre » : une mise en scène émouvante mais perfectible