Archives du mot-clé témoignage

« Ici je ne suis rien », l’envie d’ailleurs des Syriens au Liban.

Sara Machtou | À la sortie de la messe du soir dans la région libanaise de Jounieh, un homme vêtu d’un large polo gris, aux épaules affaissées et le regard au loin, se tient sur le parvis de la Cathédrale Saint Georges Des Maronites, située dans la ville côtière de Kaslik. « Ici je ne suis rien » me confie t-il.

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Histoire(s) et enquête

Emma Flacard | A l’Ecole Normale Supérieure (ENS), la Semaine de l’Histoire avait lieu du 4 au 6 avril 2019, proposant un cycle de conférences et des projections de documentaires autour d’un thème commun : l’enquête. J’ai assisté à la projection du documentaire de Ruth Zylberman, Les Enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe le vendredi 5 avril à 19h30. La réalisatrice, ainsi qu’Elsa Génard, doctorante en histoire à Paris 1 et Claire Zalc, historienne et chercheuse à l’ENS et au CNRSS, étaient présentes et ont initié une discussion à l’issue de la projection.

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Homoliberté : on parle de féminisme et culture queer

Une interview de Sara Andrade | Depuis qu’il était un petit garçon, il voulait être une petite fille. Il se définit aujourd’hui comme non binaire.  Nous l’avons rencontré au Point Éphémère durant le festival « Sang Rancune » le 10 novembre. Nous sommes ensuite allés chez lui pour l’interviewer sur les questions de non binarité, de féminité et de culture queer, entre autres. Nous parlons de Romain, un étudiant homosexuel qui a une vision du monde qui nous paraissait intéressante à mettre en lumière pour développer une réflexion sur ces sujets. Avant même l’interview, nous avons su que nous allions dialoguer avec une personne sincère, sensible, qui a créé son propre univers dans lequel il s’accepte et se respecte pour ce qu’il est.

Nous remercions Romain d’avoir accepté de se livrer lors de cette interview.

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Des féministes reviennent sur le mouvement #Metoo

Laura Remoué | A l’occasion de la sortie du livre Cours petite fille !, de nombreuses féministes se sont réunies à la Librairie des femmes pour revenir sur le mouvement Me too. Lire la suite Des féministes reviennent sur le mouvement #Metoo

Une soirée contre la corruption

Sarah Chopin ∣ Journalistes, citoyens, lanceurs dalerte et, pour la première fois, un chercheur ont été récompensés pour leurs actions en faveur de la lutte contre la corruption, lors de la soirée annuelle de remise des prix dAnticor, vendredi 26 janvier.

« Un anticorps, c’est une protéine indispensable au système immunitaire, de la même manière que les garde-fous sont indispensables à la vraie démocratie. » C’est par ces mots que la comédienne Marie-Claire Neveu a inauguré la soirée de remise des prix éthiques et des casseroles 2018 d’Anticor, association de lutte contre la corruption. Déjà présente pour l’édition 2017, je n’ai pas été déçue par la cuvée 2018. À l’écoute des témoignages poignants, révoltants, inspirants, il était aisé de passer du rire aux larmes, de la colère à l’espoir.

Alain Gautier en compagnie de Christophe Hébert, trésorier d’anticorps

C’est la gorge serrée et les larmes aux yeux que la salle, pleine à craquer, a tout d’abord écouté, ébahie, le témoignage d’Alain Gautier, récipiendaire du premier prix de la soirée et, probablement, auteur du discours le plus émouvant de la cérémonie. Lanceur d’alerte et syndicaliste, il a décidé, un jour, de dénoncer les agissements de son employeur, l’entreprise de transports publics pour personnes handicapées Vortex. L’homme, lui-même, avait grand mal à retenir ses larmes lorsqu’il évoquait les six années de menaces qui ont suivies ses révélations (entre autres, retenues sur salaire, procédures de licenciement, attaques pour diffamation…).  Si vous voulez en savoir plus sur cette histoire, je vous conseille d’aller voir cet article de l’Humanité.

Cette cérémonie a également été l’occasion de récompenser, pour la première fois, un chercheur. C’est, en effet, Adrien Roux, auteur d’une thèse sur la corruption internationale et sa répression, qui a reçu le deuxième prix de la soirée. Il a tenu a rappeler que « le combat contre la corruption est d’abord un combat contre l’hypocrisie du droit ». Un droit qui oublie parfois de rendre justice, au vu des peines de prisons non effectuées et des amendes impayées.

La suite de la soirée était tout aussi captivante. Mais plutôt que de continuer dans un long et fastidieux compte rendu de chaque prix remis, je préfère vous faire découvrir ceux qui ont été mes deux gros coup de cœur.

Les journalistes de Médiacités

Le premier, est Médiacités, un journal en ligne local qui couvre les actualités de Lille, Nantes, Toulouse et Lyon. Composé de journalistes qui revendiquent leur « goût des territoires », ce journal a la particularité d’avoir fait de la corruption locale son cheval de batailles. Des exemples ? Cette enquête sur des soupçons d’emploi fictif au Valenciennes FC. Ou cette autre enquête sur les ventes de pesticides dans les Hauts-de-France. Une belle initiative et une manière innovante de concevoir le journalisme.

Une autre initiative que j’ai particulièrement appréciée, est le collectif « Regards citoyens », une association « de citoyens de tous âges et régions » qui propose, via son site internet, « un accès simplifié au fonctionnement de nos institutions démocratiques à partir des informations publiques ». Par exemple, leur outil « Nos Députés » permet un aperçu de l’activité parlementaire de nos élus. J’ai fait l’expérience avec la députée de ma circonscription, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle est particulièrement active sur de nombreux points (interventions en commission, propositions de loi écrite…).

Parmi les autres récipiendaires, on retrouve une journaliste de Médiapart, deux parlementaires signataires d’un livre sur l’évasion fiscale, mais aussi une autre journaliste auteure d’une enquête sur le business des contrôles routiers…

Deux casseroles – prix qui pointe les mauvais comportements – ont été attribués, dont une « triple casserole » décernée à notre ex-ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas. Il a notamment été pointé du doigt pour avoir soutenu un amendement qui permettait un délai de prescription pour les délits de corruption ; pour avoir violé le secret de l’instruction dans une affaire qui visait son ami Thierry Solère ; et enfin, pour avoir acheté sa permanence parlementaire avec de l’argent public, avant de faire condamner un citoyen qui avait dénoncé cette manœuvre.

Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille vivement d’aller faire un tour sur le site de l’association.

Quant à moi, cette soirée m’aura appris une chose : changer un petit bout de monde c’est déjà faire un pas de géant. Et en plus, c’est à la portée de tous, même de simples étudiants comme nous !

« Les Derniers témoins face à la caméra » de Sophie Nahum

Tess Noonan | À l’occasion de la journée mondiale dédiée à la mémoire de l’Holocauste (27 janvier), le Mémorial de la Shoah à Paris projetait ce dimanche 28 janvier quatre courts métrages de Sophie Nahum sur quatre anciens déportés, avec la présence de ces derniers dans la salle. Cette projection était proposée en partenariat avec CinéFac et était animée par Gabrielle Napoli, critique littéraire pour le journal en ligne En attendant Nadeau.

Armand. Lucette. Victor. Henri.

Ces quatre entretiens font partie du projet Les Derniers témoins face à la caméra, une série de courts documentaires sur d’anciens déportés de la Shoah, créée par Sophie Nahum. La série compte quinze épisodes à l’heure actuelle. Le titre de cette série traduit un sentiment d’urgence ; à la genèse du projet se trouve la prise de conscience de Sophie Nahum que ses jeunes enfants n’auront pas l’occasion de rencontrer d’anciens déportés et d’entendre de vive voix leurs témoignages. De cette prise de conscience est né le projet Les Derniers. La particularité des entretiens se trouve dans leur format court (les épisodes durent entre sept et dix minutes) et dans leur accessibilité en ligne. Sophie Nahum affirme que ce format et ce mode de diffusion ont été pensés pour s’adapter aux nouvelles générations et au rapport qu’elles entretiennent à la technologie.

Ce format court a néanmoins ses limites. Je regrettais souvent que les entretiens ne durent pas plus longtemps, car les témoignages sont très forts. On aimerait avoir plus de temps pour les écouter, observer les photos qui sont montrées. On a souvent l’impression d’assister à une version condensée de l’échange, ce qui est assez frustrant ; d’autant plus que Sophie Nahum dit passer plusieurs heures avec ces personnes pour chaque témoignage. Après avoir visionné son épisode, Lucette, une des témoins présentes, s’est même exclamée « c’est trop abrégé ! ». Sophie Nahum a signalé qu’elle avait cependant pour projet de développer un format long.

L’intervention des témoins après la projection de leur épisode arrivait donc à point nommé. C’était à chaque fois très fort de les voir « pour de vrai » et de prolonger l’entretien avec eux. Ils manifestaient l’envie et le besoin de parler, investis d’un véritable devoir de mémoire et de transmission. Ainsi, quand on demande à Lucette pourquoi a-t-elle choisi de témoigner, elle répond « parce qu’on m’a dit de le faire », en faisant référence aux déportés du camp qui n’ont pas eu la chance d’en revenir. Beaucoup des témoins interviewés par Sophie Nahum interviennent dans des collèges et lycées, comme Victor Pérahia.

Tous partagent aussi le traumatisme de quelque chose d’inconcevable qui a rendu la communication avec leurs proches très difficile. Beaucoup évoquent leur incapacité à parler de l’Holocauste avec leur famille, pendant des années. En effet, le silence a été omniprésent pendant les projections, symbole d’un passé trop lourd à porter. La présence des enfants et petits-enfants de déportés dans la salle témoignait donc de cet héritage, que même les mots ont du mal à saisir. L’émotion était palpable. « Le silence c’était aussi un moyen de s’en sortir », rappelle Elie Buzyn, rescapé d’Auschwitz. À présent, parler est devenu vital.

Pour visionner Les Derniers témoins face à la caméra :
https://www.facebook.com/LesDerniers.org/
Pour soutenir le projet de Sophie Nahum :
https://www.leetchi.com/c/projets-de-hello-prod

L’agenda culturel du Mémorial de la Shoah est riche en rencontres, projections et commémorations. Les prochains témoignages auront lieu ce dimanche 11 février, et mettront en lumière le rôle de la Suisse comme terre d’asile pendant la déportation de millions de Juifs vers les camps. Cinq  personnes, réfugiées en Suisse pendant la guerre, seront présentes pour parler de leur expérience.

« Je ne suis pas une arme de guerre » : une mise en scène émouvante mais perfectible

Annie Welter | Dans Je ne suis pas une arme de guerre, Anila Dervishi incarne la parole de Sevdije Ahmeti, une militante féministe Albanaise. Auteure de Journal d’une femme du Kosovo, février 1998 – mars 1999, elle y dénonce les pratiques de viols et d’épurations ethniques perpétrées par les Serbes envers les populations Kosovares pendant la Guerre du Kosovo ; Zenel Laci a mis en scène ces témoignages dans une pièce choc, présentée au Théâtre du Gymnase jusqu’au 26 février critique (avec spoilers). Lire la suite « Je ne suis pas une arme de guerre » : une mise en scène émouvante mais perfectible